Syngof | Syndicat National des Gynécologues et Obstétriciens de France

 

Violences ? Vous avez dit violences !

L’attaque médiatique dont la profession a été la cible cet été est l’aboutissement d’un long processus qui transforme notre société en profondeur. L’intime devient public au travers des réseaux sociaux qui alimentent la presse grand public quand l’actualité fait défaut. Par ailleurs la mèche a été allumée par une blogueuse devenue secrétaire d’État qui s’exprime comme une blogueuse et non comme une ministre. Nous remettons sans discontinuer les “pendules à l’heure”, dénonçant la généralisation médiatique de pratiques violentes à propos de quelques cas. Prenons garde à ne pas ignorer une évolution des attentes des femmes envers les soins que nous prodiguons au quotidien.
Le diagnostic est pertinent : nous avons abandonné l’information sur la réalité de l’accouchement et trop souvent les femmes ne voient plus les obstétriciens qu’au moment où la situation n’est plus celle décrite au cours de l’accompagnement de la grossesse. Leur intervention est alors vécue comme une intrusion violente, d’autant qu’aucun consentement préalable n’est recueilli, et ce n’est plus dans l’urgence qu’il est pertinent de le rechercher. Il nous faut à nouveau nous investir dans ce domaine ou le discrédit grandira.
C’est le moment de dialoguer comme jamais avec les associations de patientes qui sont sous l’influence de féministes extrémistes qui souhaitent tout à la fois un “retour à la nature”, des soins “choisis à la carte” et une sécurité des pratiques à la hauteur de notre 21ème siècle. Il nous faut leur rappeler sans cesse que les progrès obtenus en obstétrique l’ont été contre l’obscurantisme et le naturalisme. La rigueur des pratiques est le rempart essentiel contre l’insécurité. Partager la décision ne met pas en cause la sécurité, remettre en cause dans l’action la décision médicale justifiée, est de grand danger. Le mythe du patient sachant autant que le médecin s’applique en France quand le médecin qui sait peu de choses en sait autant que le patient et cela aboutit à de la mauvaise médecine. Expliquer ses décisions et les rendre compréhensibles aux patientes est un devoir, mais ne réalise pas pour autant une égalité entre médecin et patientes, prétendre le contraire constitue un mensonge que seul les faibles peuvent croire.
De la qualité de ce dialogue dépendra notre capacité à relever le défi de l’amélioration de nos pratiques. L’évolution réclamée passe par une personnalisation des soins seule capable de cultiver la confiance entre soignants et soignés. C’est remettre en cause le choix managérial des hôpitaux qui fragmentent le parcours de soins pour permettre la maîtrise des processus au détriment de la coordination et de la relation humaine. Cela à un coût que l’hôpital peut assumer si les soins portés aux femmes deviennent une priorité. Seule l’alliance des patientes et des soignants permettra de pousser les politiques à ce profond changement au bénéfice des femmes, des mères et de leurs enfants.
B. de ROCHAMBEAU
Président du SYNGOF

 

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