Don d’ovocytes : ouvrons la pratique des différentes activités de PMA à tous les centres, sans distinction public ou privé

Tribune du Professeur Michaël GRYNBERG*

Dans le cadre des propositions de révision de la loi de bioéthique, il est prévu que les activités de don d’ovocytes, d’autoconservation des ovocytes et d’accueil d’embryons soient réservées aux centres publics et privés à but non lucratif.

Cette discrimination prive les patients d’un accès plus rapide au don d’ovocyte et organise la pénurie de l’offre. Actuellement, le service public est en effet incapable de répondre à la demande, avec des délais qui dépassent 2 ans pour l’obtention d’un don d’ovocytes. Le SYNGOF rejoint les professionnels de l’AMP, publics et privés, qui s’accordent dans leur ensemble pour exiger qu’aucune différence ne soit faite entre les centres publics et privés pour la pratique des différentes activités d’AMP, dont l’autoconservation ovocytaire qui doit faire partie intégrante de l’autorisation FIV. Une position partagée par Michaël Grynberg, Professeur des Universités et Chef du service de Médecine de la Reproduction & Préservation de la Fertilité au sein du Centre Hospitalo-Universitaire Antoine Béclère, qui nous expose son point de vue dans cette tribune.

Les CECOS militent pour que l’activité de congélation d’ovocytes ne soit pas élargie au secteur privé. Cependant les arguments utilisés pour refuser cette ouverture, alors que les futures lois de bioéthiques vont autoriser l’autoconservation ovocytaire sans nécessité d’un motif médical, ne sont à mon sens pas juste. Il est souvent mis en avant la crainte d’une dérive mercantile. Or, le secteur privé réalise aujourd’hui la majorité des actes d’assistance médicale à la procréation (AMP) en France. Ces centres pratiquent la congélation d’ovocytes dans le cadre de l’AMP, sans que personne ne soit choqué. Dès lors, pourquoi les centres privés ne pourraient pas participer à une nouvelle activité dont ils maîtrisent la technique. Pourquoi les femmes ne pourraient-elles pas, comme pour l’AMP conventionnelle, avoir le choix du praticien et du centre au sein duquel elles veulent être prises en charge. Que redoute-t-on ? Que des dépassements d’honoraires soient pratiqués pour l’autoconservation d’ovocyte ? A priori, la future loi l’interdira, ce qui à mon sens est discutable. Nous serions le premier pays au monde à prendre en charge intégralement cette médecine reproductive préventive. Je pense d’ailleurs que les pouvoirs publics n’ont pas conscience du nombre de demandes auxquelles nous allons faire face, que le secteur public ne pourra jamais absorber. D’où l’importance d’intégrer le secteur privé. 

Cessons de diaboliser le secteur privé

Aujourd’hui la congélation d’ovocytes est autorisée exclusivement pour les femmes souffrant de pathologies médicales, plus ou moins lourdes. Initialement, cette activité de préservation de la fertilité, a été mise en place dans des contextes oncologiques. La nécessité d’interactions multidisciplinaires pour des patientes aux pathologies lourdes, a fait proposer de prendre en charge ces patientes dans des centres publics. Ceci étant, la congélation d’ovocytes s’est rapidement étendue à d’autres indications telles que l’endométriose et d’autres pathologies gynécologiques bénignes, pour des patientes qui se rapprochent plus de celles traitées quotidiennement en AMP. Cette activité aurait donc déjà dû s’ouvrir depuis longtemps au-delà du champ des centres publics ou des rares centres privés à but non lucratifs qui en ont fait la demande. Aujourd’hui, c’est encore une fois diaboliser le secteur privé de dire qu’il va y avoir des dérives parce que ces centres gagnent de l’argent.

D’ailleurs, je pense que les CECOS n’ont plus lieu d’être en France en 2021. Ils ont été une entité extrêmement importante au tout début du don de gamètes. Ils ont eu un rôle crucial et cela a été particulièrement bien pensé par le Professeur Georges David à l’époque. Mais cinquante ans plus tard, faire reposer la congélation d’ovocytes et le don de gamètes uniquement sur les CECOS n’a plus aucun sens. Si on regarde dans tous les autres pays, les centres qui pratiquent l’AMP le font avec tout ce qu’elle comporte, notamment, les autoconservations et les dons de gamètes, tout en respectant le cadre qui régit chaque activité. Pourquoi ne pas prendre exemple sur ces pays où les taux de succès de l’AMP sont bien meilleurs qu’en France et vers lesquels nombre de nos compatriotes se tournent ?

Adaptons-nous à la PMA moderne

Aujourd’hui nous sommes prisonniers de notre système basé sur le « tout remboursement ».  Cette activité d’autoconservation d’ovocytes va coôter très cher à la sécurité sociale, dont les comptes sont déjà déficitaires. Il est déjà certain que les centres publics vont être asphyxiés : les laboratoires sont dimensionnés pour faire un nombre limité de ponctions d’ovocytes. L’augmentation importante du nombre de ponctions, puisqu’il en faudra entre 2 et 3 par femme qui désirent congeler ses ovocytes, va surcharger les centres qui ne pourront faire face à la demande, à moins de limiter les actes d’AMP conventionnelle. Si on veut que le secteur public soit le seul à faire la congélation, on devra accepter d’avoir des longs délais d’attente de 6 mois, un an, voire deux ans, ce qui constituera une perte de chances pour les femmes.

Acceptons que tout ne soit pas remboursé mais faisons en sorte que les patientes puissent être traitées correctement, qu’une patiente qui habite dans un petit village et qui souhaite faire congeler ses ovocytes, puisse aller dans un centre d’AMP à côté de chez elle plutôt que parcourir 200 kilomètres pour trouver un centre public qui congèle mais qui ne sera pas forcément plus performant.

Restons cohérent, adaptons-nous à la PMA moderne, regardons ce qui a été fait à l’étranger et sortons d’un système où on est prisonnier de vouloir tout rembourser.

*Michaël Grynberg est un Gynécologue Obstétricien internationalement reconnu, spécialiste en Endocrinologie de la Reproduction, Infertilité et Andrologie. Il est Professeur des Universités et Chef du service de Médecine de la Reproduction & Préservation de la Fertilité au sein du Centre Hospitalo-Universitaire Antoine Béclère.
Membre fondateur de la Société Française d’Oncofertilité dont il est actuellement président, il est coordinateur élu du groupe d’intérêt en sur la Préservation de la Fertilité au sein de la Société Européenne Humaine de Reproduction et Embryologie (ESHRE). Parmi ses nombreuses contributions dans le domaine de la reproduction on notera qu’il a été pionnier dans la technique de maturation ovocytaire in vitro en cas de résistance ovarienne à la FSH ; a rapporté le rôle de ZO-1 dans la différenciation des cellules trophoblastiques placentaires humaines ; a décrit le Follicular Output RaTe (FORT) comme moyen d’évaluer la sensibilité des follicules à la FSH ; a rapporté une régulation différentielle de l’hormone anti-Müllérienne (AMH) par l’estradiol à travers ses récepteurs α ou β ; a proposé l’administration intra-ovarienne d’AMH pour prévenir la perte folliculaire et les altérations de la fertilité après administration de cyclophosphamide.

 Ses principaux axes de recherche comprennent l’amélioration de l’efficacité des techniques d’assistance médicale à la procréation, le vieillissement ovarien, la préservation de la fertilité pour motifs médicaux et non médicaux.

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