Les défis éthiques du gynécologue obstétricien

Actualité syndicale

A lire dans HAS dernières publications – Décembre 2013

Dans la deuxième partie du XXe siècle, l’évolution de la société et l’avènement de la révolution scientifique ont conduit, pour faire face à des situations inédites, notamment dans le champ de la médecine, à l’émergence d’une nouvelle conscience éthique. Si l’éthique est d’abord un questionnement, c’est bien dans le domaine de la gynécologie et de l’obstétrique qu’elles présentent les défis les plus cruciaux. Rien d’étonnant puisque cette spécialité incarne la vie et qu’elle est, par nature, tournée vers la transmission de la vie.

Le premier défi, consiste donc à introduire l’interrogation éthique dans le raisonnement médical par référence aux principes fondamentaux que sont l’autonomie, la bienfaisance, la non-malfaisance et la justice. Ces principes n’offrent pas de solutions toutes faites mais permettent de guider la recherche de l’attitude la plus équilibrée. Certes, il n’est pas facile d’entrer dans cette logique, entre conviction et responsabilité, mais il est indispensable de se l’approprier.

C’est cette démarche éthique qui permet de répondre au deuxième défi consistant à définir les limites de la pratique médicale entre le possible, le souhaitable et l’interdit. En outre, elle permet d’éclairer le dilemme de savoir si «Le médecin a l’obligation morale de satisfaire toutes les demandes qui lui sont faites, au motif qu’il possède la technique ?» Ce défi est d’autant plus prégnant qu’avec l’évolution de la société, les demandes sont de plus en plus nombreuses et diverses dans le domaine de l’assistance médicale à la procréation (AMP) exposant aux dangers de «la pente glissante».

On retrouve ce même danger dans le troisième défi que constitue l’évolution du diagnostic prénatal. Du désir initial d’aider les couples déjà éprouvés par la naissance d’un enfant porteur d’un handicap grave et incurable, le diagnostic prénatal s’est étendu à des populations de femmes enceintes dites «à risques» en fonction de facteurs de risques estimés à partir de données statistiques, biologiques ou échographiques. Désormais, les récentes techniques de la génétique moléculaire offrent la possibilité d’un dépistage simple et systématique de très nombreuses anomalies. Cette extension des pratiques pose la question d’une démarche à visée eugénique assortie de la responsabilité des médecins sur la «qualité» de l’enfant à naître.

Enfin, le quatrième défi est celui de la voie thérapeutique car les nouvelles perspectives prénatales de traitements médicaux et chirurgicaux permettent de fonder de nouveaux espoirs.

Pr Jean-François Mattéi – Hôpital de la Timone Marseille (consultez la déclaration d’intérêts du Pr Mattéi)

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Le 11 décembre 2013