Lettre ouverte aux sages-femmes

Gynécologues médicaux

Mesdames et Messieurs les Sages-femmes,

Je suis désolée que mes écrits vous aient fâché, car le but de mon livre et de mes interventions était seulement de dénoncer une politique de santé délétère pour les Françaises, et qui n’a donné lieu à aucun débat démocratique. Cette politique est imposée par les hommes de l’Etat, et les sages-femmes n’en sont évidemment pas responsables. La difficulté de l’entreprise est de critiquer uniquement les politiques de santé qui favorisent les nouvelles tendances de la santé génésique, alors même que les sages-femmes sont contraintes d’y participer même si elles n’y adhèrent pas. J’ai été interpellée par Madame la présidente de l’Ordre des sages-femmes du Val d’Oise sur trois points et je me propose de les clarifier :
• “la Loi autorise les sages-femmes à exercer les activités de dépistage gynécologique et la contraception des femmes bien portantes”.
Cela est parfaitement vrai, mais dépistage et contraception ne résument pas la gynécologie médicale. De plus la disparition progressive des cabinets de gynécologie médicale, jointe à la multiplication des cabinets de sages-femmes libérales, font qu’il n’y a pas de complémentarité médecins/sages-femmes, mais bien remplacement des uns par les autres. Cette politique de santé institue de facto le cabinet de la sage-femme comme un premier guichet gynécologique.
• “Les sages-femmes sont compétentes en raison de leur formation initiale”.
Assurément, mais il faut compléter le propos en disant qu’elles sont plus compétentes dans leur champ de formation initiale, qui est la grossesse et l’accouchement normal. Et si les cours de gynécologie du cursus des études de sages-
femmes suffisaient à faire une compétence gynécologique, on peut se demander pourquoi des DIU de gynécologie médicale et contraception proposés aux sages-femmes se sont multipliés dans le pays ?
•  “Le Code de déontologie et le référentiel métiers des sages-femmes fixent les droits, devoirs et compétences professionnels des sages-femmes”.
Fort bien, mais dans la pratique, il est difficile de suivre un référentiel face à une population féminine qui cherche une offre de soins qui ne peut plus être prise en charge en raison des départs à la retraite et de l’absence de renouvellement du nombre de gynécologues (leur moyenne d’âge est de 57 ans).
Ces contradictions dont j’ai parlé dans mes écrits, ont été si bien comprises par l’Union des étudiants sages-femmes qu’elle a publié une de mes tribunes sur son site internet. Ces futures sages-femmes n’ont pas été heurtées par mes propos, et ont bien compris leur sens politique.
En ce qui concerne “les propos diffamatoires concernant les maisons de naissances”, je n’ai pas diffamé. Je suis même très peinée d’avoir vexé les sages-femmes de la maison de naissance de Pontoise qui m’ont accueillie avec une grande gentillesse et ouverture d’esprit. Mais si nous avions beaucoup plaisanté et sympathisé, je me souviens ne pas avoir caché que l’absence d’offre de péridurale, et les exhortations à supporter les douleurs de l’accouchement, gênaient mes convictions profondes. De plus, si les maisons de naissance venaient à se multiplier, je crains qu’un entre-soi féminin joint au respect des douleurs de l’accouchement ne finisse par séduire les intégristes de toutes religions. Ma conviction est donc que les pôles physiologiques, tels que ceux développés par le Professeur Nisand à la maternité de Strasbourg peuvent davantage limiter ces risques futurs.
Je voudrais terminer en évoquant mon droit à la liberté d’expression, dont la protection n’aurait aucun sens si elle n’autorisait pas celle d’idées qui déplaisent, idées que chacun est libre de contester par les mêmes voies, qui sont le socle du débat démocratique.
Quoi qu’il en soit je présente mes sincères excuses à tous ceux qui se sont sentis blessés par la forme de mes propos. Je souhaite vivement que des débats puissent s’ouvrir, débats dont les décideurs politiques nous ont privés. C’est pourquoi je vous propose de les initier ensemble car nos professions sont aussi complémentaires qu’indissociables.
Très cordialement

Odile Buisson
Gynécologue-obstétricienne. Pratique exclusive de l’échographie gynécologique et obstétricale. Membre de la Société francophone de médecine sexuelle (SFMS). Centre d’échographie de St Germain en Laye. Auteur de « Sale temps pour les femmes »