Lancement d’un Observatoire de la souffrance au travail des praticiens hospitaliers

Avenir Hospitalier

PARIS, 7 décembre 2017 (APMnews) – Action praticiens hôpital (APH), qui regroupe les intersyndicales Avenir hospitalier (AH) et la Confédération des praticiens des hôpitaux (CPH), a annoncé jeudi le lancement de l’Observatoire de la souffrance au travail (Osat), permettant aux praticiens hospitaliers de signaler des situations de souffrance au travail via un formulaire de déclaration en ligne, lors d’une conférence de presse.
« L’observatoire répond à un double objectif : venir en aide aux praticiens hospitaliers de façon individuelle, tout d’abord en les écoutant et les réorientant puis leur apporter une solution adaptée », a expliqué Richard Torrielli, membre du conseil d’administration d’Avenir hospitalier.
« Ce n’est pas un service d’aide psychologique, mais une aide syndicale pour aider à une résolution en fonction de l’expertise que l’on peut proposer en tant que syndicaliste », a ajouté Richard Torrielli.
Déjà fonctionnel sur le site de l’APH, l’Osat permet aux praticiens hospitaliers de signaler et d’évaluer le degré de souffrance au travail. Le déclarant répond à un questionnaire dans lequel il est notamment invité à noter sa souffrance sur une échelle de 1 à 10. Il est également demandé à ce dernier de décrire les causes qu’il attribue à son mal-être ainsi que les démarches déjà entreprises (ou non) pour sortir de sa situation.
Il pourra ensuite être recontacté par les bénévoles de l’APH s’il en fait la demande ou si son état nécessite une prise en charge d’urgence. Les données du déclarant sont cryptées pour garantir son anonymat.
Les données recueillies par l’observatoire permettront, à terme, d’affiner l’identification du profil des praticiens hospitaliers en souffrance et de mieux en connaître les causes.
L’APH espère ainsi premièrement « mieux cibler l’action syndicale en établissant, d’une part, une typologie de la souffrance au travail des praticiens hospitaliers et ses causes et, d’autre part, en dressant une cartographie régionale et nationale de situations que l’on peut qualifier d’indésirables et d’évitables ».
Deuxièmement, « ces données constituent un moyen supplémentaire pour nos organisations syndicales pour communiquer en interne et en externe et appuyer auprès des tutelles (ARS, CNG, DGOS, cabinets ministériels) et autres pouvoirs publics, les initiatives à prendre pour traiter globalement les cas de souffrance avérée et documentée », indique l’APH dans un dossier de presse.

Le harcèlement intervient dans 67% des cas
L’observatoire avait déjà été mis en place en 2009 par le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHAR-E).
Mais, afin de permettre « une plus large diffusion », c’est désormais l’APH qui le porte puisque l’intersyndicale fédère au total 14 syndicats de praticiens hospitaliers et « non plus le seul SNPHAR-E », explique l’APH dans le dossier de presse.
« On est passé d’un observatoire qui était strictement réservé à l’anesthésie-réanimation à un outil destiné à tous les praticiens des hôpitaux », s’est félicité Jacques Trévidic, président d’APH et de la CPH.
Ainsi, les membres de l’APH réunis jeudi lors de la conférence ont dressé un premier bilan statistique de l’action de l’Osat depuis sa mise en place par le SNPHAR-E en 2009.
Il est ressorti, à travers l’analyse de 200 déclarations de souffrance au travail recueillies entre 2010 et 2015, que 62% des signalements émanent de praticiens issus de centres hospitaliers (CH) contre 38% de CHU. Le ratio hommes/femmes est de 40/60 et l’âge moyen des déclarants est de 50,4 ans. La notation de la souffrance au travail (sur une échelle de 1 à 10) s’élève à 8 sur 10.
Concernant les causes de souffrances, le harcèlement arrive largement en tête avec 67% des cas de signalement, « que ce soit par des collègues, des chefs de service ou de pôle, des membres de directions hospitalières », note l’APH.
Dans 28% des déclarations, des symptômes physiques (digestifs, cardiovasculaires, troubles musculo-squelettiques) accompagnent la souffrance. Deux tentatives de suicide ont été signalées dans les déclarations et 19% des déclarants confient avoir déjà eu des idées suicidaires.

Importance de la prévention au niveau des établissements
« Jusqu’à présent, on s’aperçoit que le management humain est en cause dans beaucoup de cas de souffrances au travail, avec des contraintes budgétaires et de restructuration, comme les GHT [groupements hospitaliers de territoire], qui amplifient la pression », a commenté Jacques Trévidic.
« Les spécialités qui sont soumises à la T2A (tarification à l’activité) sont en première ligne, sans compter l’agressivité croissante que l’on observe envers les soignants depuis une dizaine d’années », a déclaré Nicole Smolski, présidente d’honneur d’APH.
L’APH a donc insisté sur l’importance de la prévention de la souffrance au travail auprès des praticiens hospitaliers par les syndicats. « Or, actuellement, nos organisations ne sont pas reconnues au niveau local. Il n’existe par exemple pas de représentation officielle en tant que praticiens dans les CHSCT [comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail] », a déploré Jacques Trévidic.
Enfin, l’APH a estimé que le problème de la souffrance au travail était notamment accentué par la difficulté à recruter des médecins du travail et par la tendance des médecins à l’automédication.