Lettre à mon député

Actualité syndicale

Lettre à mon député qui a voté en deuxième lecture

la loi de modernisation du système de santé.

Vous avez voté ce texte dans une version largement contestée par l’ensemble de la profession médicale, comme jamais vu auparavant, et par une bonne partie du monde de la santé réduite au silence par le respect du deuil national et de l’état d’urgence.
Vous, élu socialiste, soutenez le projet de loi porté par le gouvernement socialiste actuel ; c’est logique pour vous.
Cela l’est moins pour les électeurs qui ne se reconnaissent plus dans vos décisions, commentaires et votes sur les textes qui engagent notre pays.
Les résultats aux élections régionales et la monté du Front National traduisent cette rupture avec le pays.
Et vous continuez comme si rien ne se passait.
Pourquoi les médecins refusent-ils la généralisation obligatoire d’un système de tiers payant qu’ils utilisent déjà chez plus de 10 millions de français ?
Vous n’entendez pas que cette mesure n’améliorera pas l’accès aux soins pour raisons financières. Quand vous dites que 30% des Français ont renoncé, faute de moyens, vous taisez  qu’il s’agit des soins dentaires et d’optique. Ces postes sont effectivement déjà aux mains des réseaux de complémentaires qui sont, du fait de l’absence de financement significatif par l’assurance maladie, les principaux financeurs. Ces réseaux imposent leurs tarifs et la médecine non solidaire : chacun reçoit en fonction de ce qu’il a payé. Voilà pourquoi les plus pauvres d’entre nous continueront à renoncer à ces soins.
La généralisation du tiers payant pour les soins de ville ne concerne pas ce renoncement aux soins qui s’en trouvera logiquement inchangé.
Dans le domaine de la médecine le renoncement pour raison financière est de 9%, le plus bas d’Europe (Etude DREES).  La cause la plus fréquente du renoncement aux soins est l’éloignement de la ressource : les déserts médicaux. Cette cause va être, à court terme, aggravée par le TPGO. Les médecins le refusent, ils sont épuisés, âgés, à l’aube de leur retraite. Leur départ à la retraite, dans ces conditions, va s’en trouver accéléré, ces médecins sont des libéraux, vous ne les écoutez pas, vous décidez pour eux, contre eux : ils s’arrêteront, pas en grève, non, définitivement.
Mais ce n’est pas tout :  au TPGO s’ajoute cette autre mesure adoptée par la Ministre de la santé, avec l’appui de sa majorité parlementaire : l’accord ANI qui impose au premier janvier 2016 les complémentaires santé obligatoires et crée les contrats complémentaires responsables qui ne remboursent rien ou presque des honoraires des médecins. Vous avez là tout ce que demandent les assureurs pour imposer leurs réseaux de soins conventionnels. Bien que la loi Leroux leur interdit,  pour l’heure, de contracter avec les médecins, ils contractent, d’ores et déjà, avec les établissements de santé dans lesquels exercent les médecins. Santéclair signe avec les cliniques aujourd’hui sur la chirurgie orthopédique et demain avec les maisons de santé que vous appelez à créer, car la loi ne les empêche pas de contracter avec les établissements de santé.
Déjà apparaissent les publicités pour les sur-complémentaires : plus vous payez, plus vous pourrez vous payer les soins les plus chers.
Le tour est joué, « au nez et à la barbe » de tous les élus qui ont voté cette loi, les Français auront perdu leur système de soins solidaire, qui reposait sur un équilibre entre une assurance maladie solidaire, des complémentaires régulées et contrôlées et des acteurs de soins proches de leurs malades.
Le seul choix du malade sera fonction de sa richesse, sa complémentaire lui dira où se faire soigner en « all inclusive ».
Le mirage de la santé gratuite pour le patient, contenu dans le TPGO, n’est qu’un mirage.
La réalité est plus dure à dire : il y a toujours quelqu’un qui paye. C’est déjà le cas avec Santéclair : faites l’essai vous-même, appelez leur plateforme téléphonique, vous toucherez la réalité.
Ce scénario est en route, la loi de santé en sera un accélérateur, et la ministre, que nous avons rencontrée vendredi dernier le sait pertinemment.
Les médecins rencontrent leurs patients au quotidien, ils côtoient leurs difficultés et entreprennent ce travail d’information, ils expliquent et échangent sur ce « holdup ».
Leur détermination est celle des désespérés, ne le voyez-vous pas, Monsieur le Député ?
Avec l’expression de mes salutations respectueuses.

Docteur Bertrand de ROCHAMBEAU
Président du Syngof, Co-Président du Bloc